Les voix du venir

Charles Pennequin

Collection : Nuits indormies

Dimensions : hauteur : 19 cm    largeur : 12,5 cm

nombre de pages : 104

Façonnage : broché imprimeur

Parution mai 2021

Prix public 12 €

ISBN : 978-2-9573810-4-3

Présentation

Charles Pennequin, dans son recueil Les voix du venir, envoie bouler le ronronnement de la poésie contemporaine, de sa langue libre, riche et drôlement folle.

En pavement compact, ses textes cheminent, morceaux de vie, réflexions tant endophasiques qu'orales, voire criées, comme l'auteur les clame sur scène ou dans les rues.

Ça dépoussière, ça enchante, ça hurle, ça murmure, cette profondeur et cette légèreté mêlées dont il détient la secrète alchimie. Et ça fait du bien, à la poésie comme à ses lecteurs et auditeurs.

13. Les voix du venir - Mix Yves JuCharles Pennequin
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couverture Les voix du venir avec repère

Extrait

Quand je parle j’ai l’impression d’être quelqu’un.
Il y a enfin vraiment quelqu’un
quand je me mets à parler.
Quelqu’un qui a une position et des idées.
Il a des trucs à dire quelqu’un.
Ça se voit tout de suite
quand il se met à parler.
Il est enfin quelqu’un.
Sinon il est rien.
Mais s’il s’entend le quelqu’un
il se rendra compte à quel point
c’est léger. C’est tout léger
et pourtant c’est quelqu’un.
C’est quelqu’un qui s’envole
quand il s’écoute parler.
Il s’envole tellement qu’il est léger.
Il se sent pas vraiment quelqu’un
même quand il écoute.
Et pourtant il pensait qu’il était
vraiment là. Vraiment enfin posé.
Dans son parler. Comme une pierre
une pierre qu’on lui poserait dessus.
Lui il a posé sa voix et c’est devenu
cette pierre posée.
Mais quand il s’écoute la pierre s’envole.
Y a quelqu’un qui prend les voiles
quand il s’entend enfin vraiment causer.

(Les voix du venir, page 28)

                                                 

Quand moi j’étais jeune à quinze ans je traversais Laval je me tapais les petits mots dans l’oreille et les exhibitionnistes et j’ai toujours dit fuck off j’ai le droit de me balader à cette heure-là j’ai le droit d’aller au lycée à pied et je vais pas me barricader dans un bus de peur de tomber sur un énième exhibitionniste en allant au lycée à pied à huit heures moins le quart du matin j’ai toujours marché dans les rues à n’importe quelle heure avec le couteau suisse dans la manche parce que c’est pas top tout de même je me sens pas que en totale sécurité mais j’aimerais aussi que ma fille se dise plus tard j’ai le droit de faire ce que je veux je suis pas sûre qu’on soit très raccord là-dessus avec Tom mais moi j’ai osé en tant qu’individu agressée verbalement à Laval ou ailleurs un jour deux mecs de cinquante piges ils m’ont vraiment balancé des horreurs j’étais avec des potes c’était pas prévu mais comme je pouvais passer la soirée pas loin de chez moi je les ai quittés cinq minutes pour aller prendre un pull je ressors de chez eux je passe devant un bar et deux types de cinquante piges me disent salut mademoiselle je vais chez moi je repars dans l’autre sens les deux types étaient plus là mais dans une bagnole et ils se sont dit tiens on va lui faire peur à la p’tite alors pendant toute la route jusqu’à chez mon pote ils m’ont balancé des horreurs moi j’étais en larmes je rasais les murs j’avais peur de me faire zigouiller ça c’est deux types de cinquante piges une gonzesse de quinze et il était quoi dix-neuf heures le soir et la même soirée je me fais traiter de salope en boîte je vais en boîte pour la première fois et donc le même soir je suis une salope parce que je veux pas danser on était assises contre un mur avec ma pote et un type s’agenouille pis nous regarde comme ça nous désignant chacune à notre tour avec le doigt genre gigot d’agneau ou foie de génisse ce soir il se dit Oh tiens ça fait un moment que j’ai pas goûté de l’agneau alors il me demande pour danser mais le gigot refuse du coup le plat de bidoche se fait traiter de salope et un quart d’heure plus tard un autre qui me voit en train de marcher il me fait Eh là tu veux danser Euh ben non là je vais boire un coup avec ma pote alors il me regarde et me gueule dessus salope du coup un troisième ensuite se pointe dans la soirée avant qu’il l’ouvre je lui dis non je veux pas danser et oui je suis une salope fin de la discussion.

(Les voix du venir, page 83)